L’exposition réunit les résidentes de l’édition 2025 de la Résidence Bouchor, coorganisée par ART
SOUS X, la Mairie de XIVe, les artistes AURELK et Yun THEYOUNG. Cette édition est parrainée par la
galeriste Isabelle Gounod.
À l’occasion de la Nuit Blanche, les trois artistes, Julia LÊ, Lola LE VIENT et Ada POLCHI, se retrouvent à
la galerie du Montparnasse.
Avec Ce qui nous revient, le trio donne matière à penser autour de l’invisible et des invisibilisé·es :
- des parcours de vie révélés par des portraits photographiques
- des fragments de ciel, de pluie et de pierre
- des jeux de société inventés. Après tout, à quoi jouer lorsqu’on se joue de nous ?
Par la photographie et le son, Julia LÊ constitue une mémoire collective des enfances racisées en
France hexagonale. La caméra n’est pas un outil de capture, c’est un portail par lequel l’artiste installe
des seuils où des inconnues se rencontrent.
Dans sa série Les berceuses se sont éteintes, les conteur·euses invoquent leurs enfances passées.
Dans une mouvance inverse à l’adultification(*), la photo révèle la tendresse et la résistance en
chacun·e. Dans ces portraits, il y a en fait trois personnages principaux : les conteur·euses, leurs
récits, et les lieux qu’ils habitent. Ibtissam, sous une branche fleurie, porte dans ses cheveux les
fleurs tombantes de l’arbre. Renversant les moqueries racistes subies durant son enfance, elle se
réapproprie son corps avec fierté, comme une extension du monde qu’elle habite depuis toujours.
Lola LE VIENT partitionne la pluie, les cailloux, des aigrettes de pissenlit… Des choses aussi
communes qu’uniques et insaisissables.
J’ai confondu le sol et les nuages est une série de sculptures, une forme de lexique élémentaire. Lola
contourne les limites des mots pour en révéler des archives de phénomènes instables, de formes
faites pour être laissées. Les pièces brouillent les frontières ; le terrestre, le volatile, le paysage
semblent désorientés.
Les pissenlits deviennent des morceaux de ciel qui poussent depuis les sols.
Retenir le ciel est une tentative d’encadrement d’un nuage. Sa fragilité matérielle entre en tension
avec les forces infiniment grandes qu’elle évoque.
« Elle en a marre »… alors Ada POLCHI trace une marelle. Elle développe des séries de jeux invitant à
battre et rebattre les cartes sur nos rapports à la violence systémique ou subversive. Elle propose des
versions détournées de jeux de société pour critiquer le système patriarcal.
Chaque joueur.euse peut repartir avec une cocotte en papier, ces petits oracles de cour de récréation.
Ouvrir la cocotte, c’est accepter la règle. Ce qu’on y trouve, on ne l’a pas choisi : comme dans tant
d’autres espaces de la vie des femmes, la partie est truquée dès le départ. Pour Battaouaf, Ada
POLCHI en invente une autre et, cette fois, ce sont les chiennes qui mènent la danse.
Ce qui nous revient retourne les images, les mots, les normes et les corps, pour en révéler l’envers.
L’exposition invite à revenir sur ce qui fut, restituer ce qui a été pris, pour mieux se retrouver, encore
et encore.
Yun THEYOUNG
* adultification : biais par lequel certains enfants, marqués par des stigmates sociaux et raciaux, sont perçus comme
plus « matures » que leur âge. Une qualification qui justifie leur sur-responsabilisation et les prive des
mécanismes de protection accordés aux autres enfants.

