Elsa Baratter

 

  • Exposition collective  – du 29/10 au 6/11 2016 – « D’ICI ETD’AILLEURS » – Salle Georges Pompidou, Boulevard Gambetta  95640 MARINES

           Vernissage le 28 octobre à partir de 19h30 

 

 

 

 

Barbara Navi 

  • Exposition  « ANABASE » – 24Beaubourg  – Commissariat Laurent Quénéhen  – du 24/11 au  17/12  2016 – 24 rue Beaubourg 75003 PARIS    – Mer > Sam 11h00-19h00
    Communiqué de presse   L’exposition s’ouvre sur un plan séquence, vaste panoramique de paysages qui se décomposent, se dématérialisent en pixels d’huile, un ciel meurtri s’effondre sur les montagnes qu’il couve. Sur l’écran blanc des toiles, des personnages sont au sol ou apparaissent casqués, sombres réfugiés d’expéditions lointaines à la recherche d’une terre d’accueil, ils semblent s’extraire de la couleur, traverser la représentation pour nous parler à l’oreille de leur souffrance, de leur errance et de nos yeux qui se ferment pour ne pas vivre leur douleur.  L’un des pionniers du voyage est Andreï Tarkovski, il a traversé l’espace en 1972 avec son film « Solaris » qui s’inspirait du roman éponyme de l’auteur polonais Stanislas Lem. Trente ans plus tard, Steven Soderbergh refera le voyage « Solaris ».
    Dans son projet, Barbara Navi reprend à son compte ces Solaris passés, mais replace l’œuvre originale de l’écrivain dans un axe pictural qui lui sied bien, puisque composé de tableaux fixes qui juxtaposent les séquences lentes de paysages et les flashs back rapides, les zooms sur les visages et les détails inaperçus. 14291813_1636733509952021_9134019876642034180_n
    L’atout de cette perspective est le libre choix du regard laissé au visiteur, c’est l’un des avantages de la peinture sur le cinéma, c’est un montage qui se fait en marchant et dont on peut choisir les
    coupes. La sensation se dévoile au fil des pas, mais il n’est plus nécessaire de suivre la linéarité temporelle, les retours en arrière se font à discrétion et le temps de visionnage est de 24 secondes par image.
    Andrei Tarkovski est habité par la synesthésie, la pulsation sensitive, c’est un artiste qui relie des mondes, raccorde le spirituel et le réel vers le troisième mouvement qui est celui de la fonction poétique. Barbara Navi est dans cette lignée sensible, sa peinture est une violence faite au réel, aux circonstances du monde qui le quadrille, des hommes tombent dans ses peintures, un des tableaux semble prolonger le “Tres de Mayo 1808” de Francisco de Goya, son personnage tout de blanc vêtu est collé au sol, les bras en croix.
    A l’origine du mot Anabase est une expédition de dix mille hommes grecs venus combattre en Mésopotamie en 401 av. J-C. Vaincus, les survivants errèrent longtemps et sur plus de 6000 km avant de retrouver leur pays. Xénophon d’Athènes qui participa à ce long périple en fit le récit : l’Anabase. C’est aujourd’hui le peuple syrien qui prolonge l’errance pour survivre à la guerre et c’est l’angoisse infinie de tous les peuples victimes de leurs dirigeants, c’est là encore l’univers que peint Barbara Navi où l’on voit sans équivoque le désarroi d’un voyage dans un espace forclos et mouvant qui a perdu sa capacité de soutien à l’humain. Dans la légende, les villes de Sodome et Gomorrhe ont été détruites car elles n’exerçaient plus l’accueil de l’étranger, elles sont devenues des planètes fermées et perdues.
    Andreï Tarkovski tentait dans son espace cosmogonique d’échapper à la censure soviétique, comme Stanislas Lem auparavant, mais son film subit des dizaines de coupes, comme aujourd’hui ceux qui abritent les migrants de Calais sont passibles de prison, comme l’art tend à être certifié accessible pour les petits enfants et les politiciens moralistes. La censure, la sécurité et les fermetures risquent d’être les maîtres-mots de notre avenir si nous n’y prenons pas garde.
    Anabase est un avertissement, une réflexion philosophique sur les expérimentations Solaris, c’est un voyage émotionnel, une migration. Le fil court de l’histoire réelle de la Grèce antique à la mythologie des villes détruites et retourne dans l’histoire des peuples errants, c’est la chute d’Icare qui s’est brûlé les ailes en espérant trop loin et c’est le récit de nos sensations : on est dans ce qu’on voit. C’est bien ce que voulaient fuir les surréalistes en fermant les yeux et c’est ce que nous avons appris avec les neurones miroirs, mais que les hommes savaient instinctivement depuis toujours : impossible d’échapper à ce que l’on regarde, à la souffrance de l’autre, même si cette souffrance n’est que picturale ou cinématographique. La peinture de Barbara Navi ne fait pas semblant de s’effondrer sur vos épaules. Vous perdrez votre chemin dans l’Anabase, mais vous survivrez.
    Laurent Quénéhen

 

Xavier Fatou

Avant de participer aux  LIENs de Tavers de juin 2017, Xavier Fatou expose à l’Hôtel de Mayenne – 21 rue Saint Antoine  75004 Paris –  les vendredi 2  (16h30 > 20h) et  samedi 3 /12/ 2016 ( 9h30 > 19h) dans le cadre de l’ événement  du Grand  Concours Littéraire des 16-18 ans de la Nouvelle Quinzaine Littéraire . 

Lors de cette exposition des textes des participants à ce concours seront lus. Il y aura également , à cette occasion, une présentation de La Nouvelle  Quinzaine Littéraire, en présence d’auteurs de la revue , de Patricia de Pas , Directrice de La NQL , et d’éditeurs.

Xavier Fatou

Xavier Fatou

Avant cette date, nous remercions Annie Franck de nous avoir permis la mise en ligne de son article, « Rencontres avec Xavier Fatou, peintre pour enjamber le pire« , à paraître dans le numéro 1160  de la Nouvelle Quinzaine Littéraire (en kiosques et librairies le 1er/11/2016) avec une oeuvre de Xavier Fatou en couverture. – Photos de Benoît Fatou

 

Rencontres avec Xavier Fatou, peintre pour « enjamber le pire[1] »

Un désastre s’est produit. Peut-être bien avant lui. Nul ne pourrait nommer ce cataclysme ni même en préciser l’époque.

Lui, Xavier, en pressent néanmoins l’empreinte sur lui ; en lui-même, il porte la charge douloureuse de cette histoire. Il lui est énigmatiquement relié ; il peint l’arrachement à ce poids: « La peinture : un irréel hypnotique, dit-il ; une mise à jour de choses qui sommeillent en soi, pour y voir au-delà de ce pire que l’on sait. Avec la peinture, on peut aller et venir. Enjamber.»

Ce furent d’abord des paysages, désertés de présences humaines. «Etre peintre : une manière de vie. Solaire et obscure. Afin de contempler par étapes, l’existence, l’architecture de l’existence », dit-il. Car peindre, c’est découvrir, s’offrir à l’inconnu, aller au devant : « plaisir de me livrer à ce paradoxe d’un ensemble structuré et aléatoire tout à la fois. J’aime cette rivalité du figuré, du lisible – la géologie, les arbres, la glace … – et du trouble, selon les aléas du geste, ses dérapages, ses vifs débordements, propices à rendre les flux : l’air, les nuées, l’eau, ses mouvements, les cascades … l’éclairage, les moments sombres …»

Puis des personnages apparurent d’un univers monochrome, ocre, sépia comme les photos d’un passé oublié ou d’une origine indéchiffrable, mais surtout, selon Xavier Fatou, « sombre ou cuivré, solaire, enveloppant, chaleureux, trouble, inquiétant peut-être… ». De cet univers incertain, ils naquirent – corps à nu travaillés et tourmentés par un rythme intérieur puissant – d’ombres épaisses et de lueurs vives, dans les replis des temps. Percutants. Une danse sauvage des pinceaux, de grattages, de raclages, d’effacements, puis de lignes dessinées comme coups de scalpels qui tracent des instants fulgurants de mémoire. Formes saisies dans la seconde de leur arrachement aux ténèbres, dans la seconde de la naissance d’un corps, de ses sensations naissantes et de ses délimitations, de sa surface encore indécise ; formes torturées, en contraste avec de délicates pauses toutes en nuances – respiration apaisée – dans de subtils lointains parfois, évoquant les arrières plans de la renaissance italienne. Puis soudain, à nouveau, une jambe, un torse, ou un bras surgi de l’ombre, s’éclaire violemment sous un projecteur brutal : souvenir acéré? Faudrait-il tordre la nuit pour en faire émerger une vie ?

Xavier Fatou

Xavier Fatou

« Des nudités vives ou figées, en suspens, flottement, apesanteur, comme des consciences qui vont et viennent … Leur contexte est un hors temps, des non lieux, on ne sait pas où l’on se trouve, des espaces qui ne renseignent pas … » : une transmission s’est détruite. « Le pire » est sans doute là : cette rupture radicale dans ce qui relie chacun aux autres, d’une génération à l’autre et par delà les générations.

« Toute image est une forme errante », aime rappeler Xavier Fatou en citant Léonard de Vinci. Lui, par sa peinture, saisit cette errance, saisit le mouvement même d’une naissance qui en émerge. Il capture sur la toile l’instant exact où la lumière prend forme humaine. Comme Rilke, il « recompose peu à peu son lieu d’origine pour y naître après coup, et chaque jour plus définitivement ».

L’abîme est là, silencieux après l’effroyable instant. Mis à nu, les humains s’en extraient : ils « enjambent le pire ».

La minceur – la maigreur – de ces corps se fait grâce, comme si la fragilité de l’humanité y était contenue. Il n’y a pas de visage car cette peinture tend vers un au-delà du particulier. Là où pourrait se reconnaître telle identité, telle personne, le visage s’efface, toute singularité mise en attente. L’essentiel demeure : le mouvement tendu vers l’humanité, vers une appartenance à cette humanité. Souvent d’ailleurs, les corps apparaissent en groupe, reliés dans un même mouvement qui s’enchaîne de l’un à l’autre : effort pour se lever, se tenir, puis effondrement, mais un autre corps se relève, aidé par les autres présences.

Se réinvente une transmission. Car le plus fondamental peut-être pour Xavier Fatou, et qu’il recrée par chacune de ses toiles, a trait au tissage d’un lien aux autres, dans une histoire commune.

« Enfant puis adolescent, au Louvre – Xavier fréquentait assidûment ce musée – la peinture me racontait ce que l’on ne me disait pas, tout ce qui bruissait avec étrangeté, tout autour ». Mille histoires obscures et cent mythes se pressentaient : ils tressaient – silencieusement, énigmatiquement mais avec constance – les liens entre les hommes d’une époque à une autre. Car une œuvre, selon Xavier Fatou, est certes expression de son univers singulier mais aussi – surtout ? – main tendue vers autrui.

« Le plaisir de peindre est cette existence qu’on délivre, qu’on donne. Plaisir de montrer et offrir aux autres le rapport qu’on a au monde et les formes qui errent en nous et nous traversent. » La générosité de cette oeuvre se tient au bord de l’abîme, dans cette conscience aiguë de n’exister, de ne se constituer – traces et effacements, lignes abruptes ou douceurs des couleurs, ombres épaisses et lumières diffuses, crues ou voilées – que pour être adressée. Une toile parmi d’autres : sur un large tissu, deux tableaux côte à côte, jumeaux par leur format et leur thématique : des personnages y adviennent, dénués de toute particularité, toujours sans visage, encore peu identifiables ; ils ne font qu’apparaître au monde. Et soudain, nous le remarquons : leur seul mouvement, leur mouvement originel, est de se porter au devant de nous, spectateurs, autres humains : le pied de l’un se glisse hors du cadre peint et vient poser un premier pas sur le tissu écru, le pied de l’autre l’enjambe, tous deux dans notre direction ; à peine émergés d’un univers de noirceur, ils viennent à notre rencontre… S’arracher à l’horreur et aller vers l’autre ne feraient-ils qu’un ?

Dans leur élan premier, sur la base de cet élan déterminé pour rejoindre le reste des hommes, ils sortent du néant, prennent vie. Leur singularité se dessine : leur portrait, sur d’autres toiles, peut être peint.

Annie Franck

1] Les phrases ou expressions entre guillemets sont de Xavier Fatou.